Compte-rendu de la manifestation anticapitaliste du 7 octobre 2000 à Dijon Samedi 7 Octobre, à l'occasion du passage de la Caravane Anticapitaliste à Dijon pour une première date après Prague, une manifestation était organisée. Cette manif coïncidait avec le festival "Europolice 2000" auquel ont assisté pendant une semaine 250 flics de la communauté européennne. Cet évènement "convivial" et "rassurant" était censé redorer l'image de la police auprès des populations et mettre en avant les liens existant entre les confrères des différentes forces de répression européennes. Europolice cloturant une semaine de spectacles policiers avec un concert de la Garde Républicaine à la Mairie de Dijon au moment même de la manifestation, il était pour nous tout naturel de cibler notre action sur le thème de la répression, du contrôle social et d'aller résolument perturber les réjouissances des uniformes. Après une performance du "Grand jeu de la consommation" (théâtre de rue expliquant de manière parodique le fonctionnement du monde capitaliste et sécuritaire) sous l'oeil attentif et rigolard des passant-e-s, quelques 200 personnes partirent en cortège derrière une banderole faisant directement le lien entre luttes anticapitaliste et remise en cause de la police : "Europolice 2000 : le capitalisme se maintient à coups de matraques", "Achevons la barbarie capitaliste !!". Sur le parcours, banques, fast-foods, magasins et panneaux publicitaires furent redécorés à l'aide de bombes de peintures et agrémentés de slogans dénonciateurs. Le mégaphone de la manif fut utilisé pour relater directement aux dijonnais-es diverses histoires, bavures, abus et crimes policiers (merci à "Que fait la Police ?"), ainsi que la répression barbare des manifestations à Prague. Il nous semblait important d'insister notamment sur la criminalisation simultanée des mouvements de lutte anticapitaliste et d'action directe un peu partout en Europe, sans oublier le contrôle social de la population ou encore le renforcement de l'Europe forteresse et de la collaboration entre les polices. La présence d'Europolice à Dijon nous donnait l'opportunité dans le cadre de la Caravane Anticapitaliste d'insister sur le lien direct entre la fermeture des frontières au Nord et l'exploitation des populations des pays du Sud. Nous pûmes aussi commencer à relayer l'appel à partir en trains gratuits pour bloquer le sommet de l'Union Européenne à Nice les 7 et 8 décembre prochains. Quand la manif se dirigea enfin vers le lieu du concert de la Garde Républicaine en l'honneur des condés, les manifestant-e-s durent faire face à un barrage policier leur interdisant de continuer plus avant. La police dijonnaise, qui craint toujours l'arrivée de militant-e-s libertaires à proximité de la Mairie (notamment depuis l'occupation en fanfare de la Mairie contre l'expulsion des Tanneries cet été) aurait été touchée au plus profond de sa fierté de voir les gueux et gueuses débouler devant les prestigieux collègues européens et gâcher la fête. La rue principale de la ville bloquée par la police, la tension monta, alors qu'un sound-system était installé à l'improviste dans une rue adjacente. DJ Dr. Larry fit vibrer les murs de la ville et danser la section Nik'anticapitaliste'tou et ses banderoles avec une sélection de morceaux de la rue au thème clair: "emmerdons la police !". Après quelques moments tendus et bousculades musclées agrémentées de coups, il fut décidé pour cette fois de regagner la place du bareuzai avant le matraquage général. Cette manif s'inscrivait dans le cadre de journées "porte-ouvertes et de résistance à l'Espace autogéré des Tanneries". Elle y fut donc suivie d'un débat le soir-même, avant que les punks légendaires de René Binamé ne nous fassent reprendre tou-te-s en coeur leurs hymnes révolutionnaires. De nombreuses personnes de Dijon et d'ailleurs étaient présentes pour voir la caravane et fêter la renaissance d'un squat décidemment indestructible. Ci-dessous, le tract sur Europolice distribué aux dijonnais-es lors de la manifestation : EUROPOLICE 2000 : FESTIVAL DU CONTRÔLE SOCIAL ET DE LA REPRESSION ! Dans notre belle société industrielle où la marchandise est déifiée, il apparaît comme vital de la protéger, et par conséquent le grand public supporte la police comme un « mal nécessaire » à la bonne marche du système capitaliste, de la propriété privée et du travail salarié. Pourtant les uniformes visibles aux carrefours ne sont que la dernière expression d’un conditionnement, d’un contrôle social, d’une aliénation consentie par la population vis à vis de la société marchande. FICHAGE, FLICAGE, NUMEROS : CONTRÔLE SOCIAL OMNIPRESENT ET AUTOGESTION DE LA DISCIPLINE. Dès l’enfance, nous subissons le matraquage de codes sociaux qui tentent de nous enfermer dans un rôle précis. Par la publicité, la télévision, l’école, la propagande officielle nous définit le bien et le mal, la conduite à tenir et les buts à atteindre dans ce monde dit "LIBRE"... De plus, grâce à la sécurité sociale, au R.M.I, au système bancaire, nous sommes surveillés au travers de fiches numérotées qui permettent d’observer notre comportement, notre type de consommation donc notre mode de vie. Grâce aux "formidables avancées du progrès technologique" nos déplacements même, que ce soit en voiture ou à pied, sont placés sous l’oeil des caméras vidéos. Plus qu’un contrôle effectif, la vidéo-surveillance nous habitue à une omniprésence du contrôle et donc conditionne nos comportements individuels. Nous devons autogérer notre discipline ! Et gare aux déviances... Le discours officiel regorge de la paranoïa sécuritaire et l’état répond aux crises d’angoisse générées dans la population par des effets médiaticodictatoriaux : Plan vigipirate et autres îlotiers ou police de proximité. Sommes-nous sous Pinochet que nous voyons patrouiller des militaires dans le métro parisien ? SUBVERSION ET CRIMINALISATION : La barbarie généralisée suscite malgré tout quelques flammes de résistance, individuelle ou collective, politiséd ou non. Mais de plus en plus l’ordre social criminalise les soubresauts de toute expression divergente. Outre l’instauration d’une main-d’oeuvre esclavagisée dans le système carcéral, c’est aussi toute l’implication politique remettant fondamentalement en cause les bases de la société marchande qui se retrouve face aux matraques. Nous ne prendrons pour exemple que les termes utilisés dans les derniers bonflits sociaux (chômeurs et précaires, sans papiers, etc.) : terroristes, sauvageons, casseurs, barbares, etc. EUROPOLICE ET EUROPE FORTERESSE : La construction européenne organise la circulation des marchandises. Mais les néons publicitaires de la société industrielle attirent les "moustiques", les "parasites" vivant en périphérie du monde moderne. Or les gueux effraient, la peur du pillage génère la coopération des états donc des polices ! Il semble alors que l’Europe des polices soit le moyen de construire une Europe forteresse se protégeant des pauvres du Sud et de l’Est tout comme certains quartiers bourgeois s’entourent de murs et de milices privées pour se protéger des pauvres de l’extérieur. Le progrès technique dynamise le fichage grâce aux systèmes informatiques enregistrant les empreintes digitales, les demandes de visas, etc. LA PRISON : UN SUPERMARCHE COMME UN AUTRE. Une société tellement encadrée, réglementée, normalisée, codifiée crée des illégaux. De plus en plus la privation effective de liberté augmente. La prison gère une main-d’oeuvre obligée de travailler pour l’industrie si elle veut survivre dans cet univers déshumanisé. De plus les codes dominants de la consommation y sont assenés et répétés. La télévision et les catalogues d’achat ne sont pas l’apanage des foyers douillets ! UNE SOCIETE INTERDISANT TOUTE AVENTURE FAIT DU RENVERSEMENT DE CETTE SOCIETE LA SEULE AVENTURE POSSIBLE !