Dijon, le 30 juin 2000... Après avoir perdu leur maison dans l'incendie de l'espace autogéré des Tanneries, ses habitant-e-s en ont ouvert une autre au 17 bd de Chicago (soit un déménagement de quelques mètres). Fidèle à ses habitudes (et tout particulièrement dans la situation présente), la mairie a causé quelques tracas : pas d'eau ni d'électricité, et des menaces d'expulsion re-confirmées. Comme tout cela n'allait pas du tout, des habitant-e-s et sympathisant-e-s des Tanneries sont allé rendre visite à la mairie ce matin du 30 juin, pour exiger quelques garanties et crier leur ras-le-bol de la répression constante. Cela ne s'est pas très bien passé. Bilan : une expulsion musclée, et une personne arrêtée. Il est urgent de réagir : la mairie semble ne plus accepter que le rapport de force lui soit défavorable, et met tout en oeuvre pour nous en faire voir de toutes les couleurs (sa fierté étant en jeu). En guise de compte-rendu, d'explication et d'appel à soutien, voici le tract distribué pendant l'occupation : "Les Tanneries, c'est loin d'être fini !", suivi d'extraits d'un communiqué envoyé à la presse cet après-midi. Rappelons que l'enjeu est de taille, et que nous avons toujours besoin de l'aide de toutes et de tous pour faire face à la situation présente. Sur Internet, il est possible d'envoyer des messages de protestation à la mairie, adressés à Mr. Briot (adjoint au patrimoine), en allant sur le site ___ Les Tanneries, c'est loin d'être fini ! Le 17 juin 2000, un incendie manifestement criminel a détruit les locaux d'habitation de L'espace autogéré des Tanneries. Heureusement, toute la partie publique du lieu a été épargnée par le sinistre. Malgré cela, l'incendie reste un excellent prétexte pour se débarrasser des Tanneries. La réaction de la mairie ne s'est pas fait attendre : elle a déposé un premier arrêté de fermeture sur la totalité du lieu. Par ailleurs, elle a immédiatement engagé une procédure d'expulsion, de façon à nous déloger des locaux épargnés que nous occupons. L'hostilité de la mairie à notre encontre ne date pas d'hier : l'idée d'un lieu de vie et d'activité sans subventions, indépendant et ouvert à tou-te-s leur étant insupportable, la mairie nous avait déjà menacé-e-s d'expulsion en juin 1999, avant qu'un fort mouvement de résistance ne la fasse reculer. Aujourd'hui, nous nous trouvons plus que jamais face à la volonté de la mairie d'en finir avec les initiatives qui ne rentrent pas dans les strictes cases de la culture institutionnelle, de l'argent et du pouvoir. La mairie veut une ville "propre" : pas de contestation, pas de vagues, pas de squats. Une fois de plus, la seule réponse à notre présence dans des locaux pourtant inutilisés est la répression. Quoi qu'il en soit, nous entendons ne pas nous laisser faire, et défendre le fruit de deux ans de créations, de luttes et d'échanges. Pour palier à la destruction de notre lieu de vie par l'incendie, nous avons ouvert les locaux adjacents à ceux que nous occupions, situés 17 bd de Chicago. Ces nouveaux locaux, également laissés à l'abandon depuis plusieurs années, sont incontestablement en bon état et n'ont pas été touchés par l'incendie. Par ailleurs, il nous est indispensable de disposer de locaux d'habitation sur place, pour nous loger bien sûr, mais aussi pour conserver l'intégralité de notre projet (combiner vie collective et espace d'activité) et pour permettre la gestion de la salle publique et des ateliers. Cette nouvelle occupation nous apparaît comme la seule solution possible aux destructions causées par l'incendie. La mairie n'a cependant pas choisi de voir cela du même œil, et nous refuse actuellement le droit à disposer des besoins vitaux que sont l'eau et l'électricité, en faisant pression sur la Lyonnaise des Eaux et EDF. Ceci non plus n'est pas nouveau : la mairie n'hésite pas à utiliser tous les moyens de pression à sa disposition pour se débarrasser de ceux et celles qui la gênent, en leur rendant la vie impossible. Ainsi, les squatteurs et squatteuses du 11, rue Chevreul à Dijon se sont également vu refuser l'accès à l'eau et à l'électricité ! On ne peut que souligner les contradictions dans le discours de la mairie : en même temps qu'elle prétend être préoccupée par l'hygiène et la sécurité, elle nous interdit hygiène et sécurité (pas d'eau ni d'électricité). La sécurité n'apparaît que comme une fausse excuse pour nous expulser : en effet, dès notre occupation du 17 bd de Chicago, la mairie a délivré un second arrêté de fermeture pour ce bâtiment. Les deux arrêtés de fermeture ne font suite à aucune expertise, sont totalement arbitraires et manifestent une claire volonté de nous expulser à tout prix. Si la sécurité préoccupe tant la mairie, pourquoi n'a-t-elle à ce jour engagé aucune expertise pour s'assurer de la viabilité des lieux, et pourquoi a-t-elle catégoriquement refusé que nous fassions appel à une expertise indépendante ? Il semble clair que sous couvert de sécurité, la mairie tente sournoisement de "faire le ménage". Parce que nous refusons d'être expulsé-e-s et que nous entendons bien ne laisser à la mairie aucun répit tant que durera sa politique de répression, nous occupons aujourd'hui ses locaux, et exigeons notre maintien dans l'espace des Tanneries, des garanties quant à l'avenir des négociations et que cessent les pressions ! -- 30 juin 2000 ___ Extraits du communiqué de presse daté du 30 juin 2000 : "Face aux demandes de dialogue des habitant-e-s des Tanneries, la Mairie choisit une nouvelle fois la répression" Pour pousser la Mairie à sortir de son mutisme et à reprendre le dialogue, 3 militantes se sont enchaînées à l'aide de cadenas (cadenas en U attachés autour du cou) à ses grilles, refusant de partir sans qu'une entrevue avec la Mairie soit accordée. Une foule d'une soixantaine de personnes les a accompagné, et une fanfare italienne de chants révolutionnaires ainsi que le Front d'Intervention Musicale ont joué en soutien, rendant l'occupation joyeuse et animée. Dès le départ, les policiers présents sur les lieux se sont montrés extrêmement violents dans leurs gestes et propos. Ils ont tout d'abord tenté de déloger les militantes attachées à la grille par la force, en les tirant et les étranglant, puis ont arraché la banderole déployée sur la façade à plusieurs reprises. Diverses personnes participant au rassemblement et tentant de s'interposer et de dialoguer se sont vues menacées de se faire " démonter la tête " (selon les termes employés par les policiers). Refusant obstinément de satisfaire notre demande de dialogue, la Mairie n'a su encore une fois qu'employer la répression. Ainsi, une vingtaine de policiers armés de coupe-boulons ont brusquement évacué les manifestant-e-s, de manière extrêmement violente. De nombreuses personnes furent projetées à terre et frappées. Des policiers essayèrent de confisquer ou de détruire les appareils photos, heureusement sans toujours y parvenir. Les personnes attachées par le cou aux grilles de la mairie ont été particulièrement brutalisées. Dans le mépris le plus total de leur sécurité, les policiers ont grossièrement sectionné les cadenas au coupe-boulon, ceci étranglant les personnes enchaînées et risquant de leur briser la nuque. L'une d'elles, sur le point de s'évanouir, a du être transportée plus loin. Un manifestant qui avait tenté de s'interposer à l'attitude violente et dangereuse d'un policier municipal sur une personne enchaînée s'est fait arrêter et emmener au commissariat. Il est maintenant accusé de coups et blessures et de violences aggravées. Outrée par de telles manifestations de violence, la foule s'est d'abord rassemblée devant les grilles de la Mairie pour ensuite parcourir les rues de la ville en direction du commissariat, afin de soutenir moralement la personne arrêtée et demander à ce qu'elle soit relâchée. Par cette intervention musclée, les intentions de la Mairie ne font désormais l'objet d'aucun doute : elle a clairement affiché son refus de dialoguer et ré-affirmé son utilisation systématique de la répression. Alors que notre démarche se veut constructive et non-violente, la Mairie répond par le refus obstiné et la violence aveugle. Par ailleurs, il est probable que la Mairie cherche à nous criminaliser aux cours des prochaines semaines afin de tenter de justifier notre expulsion auprès de ceux qui voudront encore bien l'écouter. Nous savons que face aux excuses administratives et à la volonté politique de faire fermer les Tanneries, notre force sera de continuer à dénoncer les mensonges de la municipalité et à lutter pour empêcher l'expulsion. Nous prévoyons d'autres actions et continuerons jour après jour à informer par nos propre moyens la population dijonnaise de la situation.