10/12/00 -- 8 déc. 2000 à Dijon : action de soutien aux manifestant-e-s interpellé-e-s à Nice Vendredi 8 décembre à midi, un rassemblement à été organisé devant la préfecture de Dijon pour protester contre la répression sauvage frappant l'opposition au Sommet Européen se tenant à Nice les 7 et 8 décembre 2000. Dès le départ des manifestant-e-s en train gratuit la nuit du 5 au 6 décembre, la police dijonnaise laissait sur le quai 2 blessé-e-s devant être emmené-e-s d'urgence à l'hôpital. A Nice, la police a usé de tout son arsenal pour réprimer le plus durement les contestataires : gaz lacrymogènes, bombes assourdissantes, matraques et même balles en caoutchouc pour certains, charges répétées et arrestations arbitraires. Certaines personnes ont même été victimes de graves intoxications pulmonaires suite à l'inhalation d'un gaz dont la nature n'est toujours pas connue (voir http://france.indymedia.org pour mises-à-jour). En conséquence, une trentaine de personnes sont venues crier leur indignation haut et fort devant la préfecture, à l'aide d'une banderole et de tracts. A 15h, une délégation de 5 personnes fut reçue, pour exiger du préfet qu'il communique les revendications suivantes au ministère de l'intérieur : libération immédiate de toutes les personnes arrêtées à Nice et abandon des poursuites contre elles. Pour faire pression sur les autorités, il est nécessaire qu'un grand nombre de rassemblements, occupations ou actions ait lieu. Nous appelons donc toutes les personnes se sentant concernées à faire savoir leur colère à leurs préfectures locales, à harceler la police et la préfecture de Nice de coups de téléphone, et à manifester leur soutien comme bon leur semblera ! En très bref, ce qui s'est passé à Nice : le 6 décembre, soit un jour avant l'ouverture du sommet, avait lieu une grande manifestation syndicale à l'appel d'une coordination de syndicats européens, véritable kermesse de la contestation se voulant joyeuse et inoffensive. Après une journée de défilés, de banderoles et de costumes, la quasi-totalité des 100 000 manifestant-e-s (syndicalistes de toute l'Europe, membres des partis et réformistes de tous poils) s'en sont retourné-e-s chez eux. Une bien triste journée, applaudie de tous bords -- pouvoir en tête -- pour son grotesque carnaval. Le 6 au soir, restait cependant sur place une partie des manifestant-e-s : de nombreux groupes, individus et collectifs anarchistes, communistes, autonomes ou "d'extrême gauche" ainsi qu'ATTAC et les Marches Européennes. Une manifestation spontanée d'environ 2000 personnes se dirigea alors à la gare centrale pour soutenir les 1200 italien-ne-s retenu-e-s à la frontière. Les premiers affrontements avec la police eurent lieu, celle-ci bloquant l'accès à la gare. Vite débordés, les flics tentèrent de disperser le rassemblement à coups de matraques et de lacrymogènes. Scindée en plusieurs groupes, la manif fut contrainte de prendre des directions différentes. Un groupe d'une centaine de manifestant-e-s fut alors poursuivi par les flics anti-émeute jusque dans le Vieux-Nice. Tout au long de la nuit, de petits groupes de personnes furent contrôlés par la police. Le 7 au matin, le "bunker du sommet" -- Acropolis, fut encerclé dès 7h par de nombreux groupes de manifestant-e-s. Il fut néamoins impossible de bloquer l'arrivée des congressistes (plus de 4500 flics mobilisés) et toutes les tentatives de blocage furent violemment réprimées. Repoussés par les flics jusque dans les rues adjacentes, de larges groupes de manifestant-e-s ont alors construit des barricades et se sont attaqués à de nombreuses cibles de choix (par le biais de bombages, de destructions, de sabotages) : une banque BNP et un concessionaire VOLVO furent incendiés, des banques, compagnies d'assurance et agences immobilières furent partiellement détruites. L'après-midi, un rassemblement de soutien aux personnes interpellées eut lieu face au commissariat (proche de la salle Leyrit -- l'un des lieux de rassemblement) et fut violemment réprimé. Tout au long de l'après-midi, des courses-poursuites continuèrent. Une manifestation du Front National rencontra des militant-e-s antifascistes, et quelques personnes furent blessées dans des affrontements, devant des flics soudainement inactifs. Diverses actions de sabotage eurent également lieu : 9 banques, 1 magasin Prisunic et 1 restaurant Buffalo Grill durent être évacués après avoir été attaqués avec un "concentré de boule-puante". En bref, plusieurs milliers de francs de dommages et intérêts pour quelques gros capitalistes en cette journée de manifestations et d'actions -- autrement plus revendicatives et efficaces que le défilé sage et consensuel de la veille. Et si Chirac et Jospin se sont pressés pour condamner unanimement ces "violences", elles ne les mettent certainement pas très à l'aise quand on sait qu'aucune ville ne veut plus aceuillir l'OMC suite aux turbulences qu'entraîne inévitablement sa venue. Le 7 au soir, un grand nombre de militant-e-s put repartir, après filtrage policier, en négociant un ticket avec la SNCF, ce qui fut considérablement plus facile qu'à l'aller (le but étant de vider la ville de ses mauvais sujets). Le 8, quelques manifestations eurent encore lieu, dont une rassemblant plusieurs centaines de personnes sous fort contrôle policier devant le palais de justice, pour soutenir deux militants basques jugés en comparution immédiate et condamnés à 1 mois de prison ferme à l'issue du procès ! Ci-dessous, voici le tract (réalisé dans l'urgence puis légèrement modifié) distribué lors du rassemblement devant la préfecture : A Nice comme ailleurs, le capitalisme se maintient à coup de matraques Depuis le début de la mobilisation pour aller au contre-sommet à Nice les militant-e-s qui avait décidé de revendiquer des trains gratuits ont dû faire face à une répression très vive. A Paris, les manifestant-e-s se sont retrouvé-e-s bloqué-e-s dans la gare près de 24 heures après avoir été largement molesté-e-s. Au Havre, à Nantes, à Dijon, les divers-es manifestant-e-s ont ainsi pu avoir un avant goût de ce qui allait se passer à Nice. A Dijon, sous une pluie de coups de matraques, certain-e-s ont quand même pu rejoindre les collectifs de Metz et Nancy dans le train gratuit, alors que d’autres finissaient la nuit à l’Hopital ou au poste de Police. A noter que des opérations "trains gratuits" ont été réprimées avec l’assistance silencieuse et parfois même, comme à Marseille, avec la participation active des troupes syndicalistes CGT et CFDT. A Bordeaux, la police a tenté à plusieurs reprises de disperser le rassemblement des manifestant-e-s à la gare par la force. Pour le sommet européen de l’ordre sécuritaire, 1200 italien-ne-s qui avaient décidé-e-s de se mobiliser se sont retrouvé-e-s bloqué-e-s à la frontières et ont pu voir la collaboration des polices italiennes et françaises en action (bloqué-e-s à la gare de Vintimille, encerclées par plus de 4000 policiers) . Lors d’un cortège pour aller manifester devant le Consulat français de Vintimille, les manifestant-e-s ont été immédiatement chargé-e-s par la police. Pendant ces affrontements deux personnes ont été blessées et une a été transportée d’urgence à l’hôpital. Après 2 jours et demi de bloquages, les italien-ne-s ont du finir par rebrousser chemin. Pour la journée d’ouverture des négociations, plusieurs cortèges ont manifesté dans le centre de Nice. A l’est, un bloc basque, un bloc mixte Attac et LCR et un bloc libertaire (No Pasaran, CGT espagnole, Alternative Libertaire, autonomes) ainsi que de nombreux individus espagnols, français, italiens ou corses : pratiquement 4000 personnes réparties sur ces plusieurs cortèges. A l’ouest, des militant-e-s d’Attac, de Sud et des Marches Européennes : un bon millier de personnes en gros. Un nombre important de policiers (gardes mobiles, CRS, civils) a été déployé pour protéger le périmètre de sécurité autour du centre Acropolis. Pendant la manifestation qui convergeait à l’endroit ou se tenait le sommet, les forces de l’ordre ont a plusieurs reprises gazé copieusement les manifestant-e-s qui s’approchaient trop près des barrages. Près du lieu du congrès, une quarantaine de policiers de la BAC (Brigade Anti-Criminalité) armés de « flashballs » (pistolets à balle en caoutchouc) ont fait la chasse aux manifestant-e-s isolé-e-s. Selon le comité juridique, 63 personnes auraient été arrêtées. Deux personnes qui prenaient des photos des agissements policiers se sont faites tabasser et inculper. (Note : deux basques passés dès vendredi en comparution immédiate et inculpés d’ « attroupement en possession d'une arme » -- l'arme en question était un canif, objet que d'inombrables personnes ont habituellement sur elles dans la rue-- ont depuis été condamnés à 1 mois de prison ferme et deux ans d'interdiction du territoire ! L'Etat français se venge et utilise sa tactique habituelle : criminaliser lourdement quelques individus pour l'exemple, en espérant effrayer les autres). Outre la répression policière, une manifestation organisée par le FN a donné lieu à des affrontements avec des manifestant-e-s antifascistes. Le DPS (service d’ordre du FN) s’en est donné à cœur joie, sans être quant à lui inquiété, et a chargé les manifestant-e-s, du coté desquels on déplore plusieurs blessés. Comme toujours, la seule réponse des divers Etats européens et de la France en particulier a été de réprimer par la force le mouvement de contestation et d'en masquer les intentions en manipulant l'image médiatique. Rappelons à ce titre qu'en marge du débat sur les modes d’actions les plus efficaces, le fait de s’attaquer à des enseignes symboliques du capitalisme, comme certain-e-s l’ont fait, est une action concrète et ciblée visant à porter atteinte financièrement aux multinationales et institutions. Une action dont la soit-disant violence est totalement incomparable avec la violence et les destructions exercées dans le monde chaque jour sur des millions d’êtres par les grandes multinationales dont les vitrines ont volé hier en éclat. Massacres, aliénation, famine, asservissement, discriminations, pollution : c’est toute cette violence institutionnalisée et bien réelle que nos dirigeants réunis à Nice organisaient discrètement à ce sommet et dont les journaux ne disent rien. La matraque et l’opacité auront été encore une fois les caractéristiques principales de ce sommet alors que s’échafaude entre politiques et lobbies financiers l’avenir de millions d’européen-ne-s. Mais nous savons que notre refus radical du capitalisme est légitime et qu’il est urgent de trouver des solutions et alternatives à ce système. En dépit de la brutalité des "Etats-chiens de garde du capital", le large mouvement de résistance actuel continuera à croître, à résister et à construire chaque jour localement un autre monde. A bientôt derrière les barricades !