22/03/03 -- Nouvelles mobilisations dijonnaises contre la guerre en Irak Depuis le lancement des nouvelles opérations militaires contre l'Irak, plusieurs manifestations ont eu lieu à Dijon, jeudi et samedi, rassemblant quelques milliers de personnes. Celle de samedi a rassemblé une large brochette de syndicats et partis, ainsi que nombre d'individus non encartés. Un bloc libertaire avec banderoles ("contre la guerre, résistance anticapitaliste et action directe"), et slogans ("ni bush, ni saddam, les états jouent au golf, le peuple ramasse les balles") s'est constitué autour de l'idée d'introduire un peu d'action dans la manifestation, en collant des affiches tout le long du parcours ("résistance anticapitaliste contre la guerre", "contre toutes les guerres, boycott et actions directes contre les intérêts pétroliers", "en irak comme en france, bush et chirac font la guerre aux pauvres"), et en peignant au sol quelques slogans. Ci-dessous, l'un des tracts ditribués pour l'occasion. A noter qu'il est le fruit amusant de la circulation de l'information, puisque sa première version vient d'Avignon, qu'il a ensuite été modifié et distribué à Grenoble, pour être une troisième fois éditié à Dijon. GUERRIER OU PACIFISTE, NI CHIRAC, NI PROZAC ! "La guerre est engagée par chaque groupe dirigeant contre ses propres sujets, et l'objet de la guerre n'est pas de faire ou d'empêcher des conquêtes de territoires, mais de maintenir intacte la structure de la société." 1984, George Orwell Les causes de la guerre... et de la paix. Après moultes effets de scènes et défis préliminaires, la guerre a démarré et c'est reparti pour un tour... Il est vrai que cela faisait bien un an que Bush n'avait fait des siennes et qu'on n'avait pas ressorti les banderoles. La grosse ficelle de Saddam Hussein étant usée et presque périmée, le prévisible spectacle de son élimination et ses préliminaires sont loin d'atteindre l'efficacité de précédents célèbres (Milosevic ou Ben Laden); d'ailleurs, cette fois-ci, ce qu'on appelle "l'opinion publique", ici et ailleurs, n'est pas convaincue de la nécessité de cette guerre. Plusieurs millions de personnes à travers le monde se mobilisent pour dire "NON" à la guerre en Irak. Mais quand donc y aura-t-il plusieurs millions de personnes dans les rues pour dire "NON" au système politique qui justifie cette guerre comme la plupart des guerres qui éclatent chaque année sur cette planète ? Il est vrai que les médias français, qui semblent avoir récemment découvert les enjeux économiques et géostratégiques du Moyen Orient, démasquent avec moins de peine qu'à l'habitude les objectifs des USA et de son complexe militaro-industriel-pétrolier: relancer l'économie et faire oublier dans un grand élan de fanatisme patriotique les inégalités et résistances sur son propre territoire -imposer l'ordre de la terreur- prendre le contrôle politique et pétrolier au moyen-orient... Mais cette pertinence a des limites; celles de la raison d'Etat, dont les journalistes sont les servant-e-s; la position de la France (de l'Allemagne et de la Russie) est ainsi présentée comme celle du droit, de la raison et de la paix. On évoque peu les antagonismes économiques entre Etats capitalistes qui expliquent le parti pris "pour" ou "contre" la guerre en Irak: les entreprises françaises (total fina elf en tête !) et russes seraient, en cas de paix et de levée des sanctions contre l'Irak, aux premières places pour emporter de juteux marchés (exploitation du pétrole, reconstruction du pays, ...); l'intervention américaine les offrirait prioritairement aux compagnies anglo-saxonnes... Ni le sort de la population irakienne, ni celui de leur dictateur, ni d'inoffensives marches pacifistes et citoyennes "à la française" ne détermineront leurs choix (pendant ce temps, autrement plus déterminé-es, les dockers et militant-es italien-nes bloquent les trains et les bateaux, les militant-es britanniques sabotent les avions et bases militaires, les grecq-ues s'attaquent massivement aux intérêts des gouvernements impliqués dans la guerre). Par ailleurs, déclarer vouloir empêcher aujourd'hui le déclenchement de la guerre, c'est oublier que depuis la guerre du Golfe il y a plus de dix ans, les bombardements de l'armée américaine sur le territoire irakien n'ont jamais cessé (sans parler de l'embargo meurtrier imposé avec la France à la population irakienne, allégé tout juste par un programme "pétrole contre nourriture"). Pacifisme à géométrie variable. Les militant-e-s pacifistes et les organisations qui les encadrent (rejoint-e-s par les débris de la "gauche plurielle" qui ont géré au mieux les conflits précédents - Golfe, Kosovo, Afghanistan - et apprécient beaucoup moins les bombes et le sang une fois dans l'opposition) arpentent à nouveau le pavé contre les busheries les plus spectaculaires. Si durant la guerre du Kosovo nombre de pacifistes et même d'antimilitaristes encouragèrent les bombardements de l'OTAN, lors de l'intervention américaine contre l'Afghanistan les mêmes demandèrent que les massacres s'effectuent sous l'égide de l'ONU ("garant du droit international"). Les revoilà qui étalent aujourd'hui leurs incohérences en refusant la guerre contre l'Irak "qu'elle se fasse sous mandat de l'ONU ou non", maltraitant ainsi leur droit international chéri (qui ne leur convient plus); ils-elles espèrent néanmoins son bon fonctionnement quand ils-elles demandent à la France d'utiliser son droit de veto... On remarque au passage que, pour certain-e-s, si des guerres sont horribles, d'autres peuvent être "justes", légitimes, légales, nécessaires ou "humani-taires" (seules les mauvaises guerres faisant des victimes innocentes-civiles). La fonction idéologique spécifique de cette mouvance pacifiste est de nous présenter la guerre comme un simple dysfonctionnement, comme un déséquilibre à l'intérieur de la formation économique et sociale en place, déséquilibre qu'il s'agit de corriger pour revenir à un mythique point d'équilibre: la démocratie, l'amitié-entre-les-peuples, le respect-de-la-personne-humaine-et-de-ses-droits. Sursaut de nos politicien-ne-s, négociations, instauration de la taxe Tobin, d'une taxe sur les armements, d'un contrôle citoyen des institutions internationales, etc.: autant d'éléments qui sont sensés permettre de corriger ce dérapage guerrier. En réalité autant de trompe-l'oeils paralysants et destinés à cacher/oublier que la guerre fait au contraire intégralement partie du développement capitaliste, qu'elle en est une composante, un moment nécessaire à son bon fonctionnement. Comble de la sinistre farce spectaculaire qu'est devenue le monde actuel, Chirac, après s'être offert lors des dernières élections et avec le soutien de la "gôche", des apparats de résistant antifasciste, se promeut maintenant leader du camp pacifiste. Une position de circonstances bien pratique pour faire oublier la guerre sociale déclarée en france contre les pauvres (avec la mise en application dès cette semaine des lois de Sécurité Intérieure), les sans-papiers expulsés ou assassinés, les marées noires et licenciements massifs, le sabotage des restes du système de protections sociale, la menace de levée du moratoire européen contre les OGM dans les prochains jours, le soutien à la dictature birmane pour les bénéfices de Total final elf, le soutien au génocide tchétchène, la vente d'armes d'armes au monde entier par le biais d'entreprises françaises florissantes comme Matra-hachette (he oui, les livres vendus à la FNAC et consorts sont aussi l'argent des bombes!), les massacres et guerres post-coloniales en Afrique pour la bonne santé de l'économie française... Ne nous laissons pas hypnotiser, ni par la guerre ou ni par le pacifisme d'Etat! Contre la guerre en Irak, autogestion et résistance anticapitaliste! Manifester et mobiliser pour dire "non à la guerre" en demandant au Parlement et aux autorités françaises de dire "non", c'est avant tout reconnaître la légitimité de ces institutions, de leur fonctionnement, du droit international comme norme politique devant régir le monde. C'est croire que la démocratie peut empêcher la guerre alors que toutes les guerres et massacres coloniaux menés par la France au XXème siècle et se poursuivant en ce 3e millénaire ne l'ont été que par des gouvernements démocratiques, de gauche ou de droite, dans le respect des institutions, que les "opinions publiques" aient été pour ou contre. Plus que jamais, c'est à l'intérieur de ses propres rouages que le capital pourra être mis à mal, en remettant en cause sa capacité de production et la domination qu'il exerce, en refusant concrètement l'ordre capitaliste et les hiérarchies sociales, en mettant en pratique dès aujourd'hui les grève massives, l'action directe et l'abolition du salariat, en développant l'autogestion et la mise en place d'alternatives concrètes dans tous les domaines de la société et de la vie. C'est en refusant de marcher au pas pour une démocratie qui n'est qu'un leurre et pour le système actuel que le bouleversement et le renversement des rapports sociaux peuvent s'entrevoir. Le capitalisme c'est la guerre. le patriarcat aussi. Si le capitalisme a besoin de la guerre pour s'entretenir, toutes les guerres s'enracinent par ailleurs dans la culture patriarcale et renforcent la domination masculine sur le monde. Quoi de plus viril qu'un soldat ? Quoi de plus masculin que la conquête, la colonisation et la concurrence ? La construction masculine est une quête vers le pouvoir. Dire "NON" au capitalisme sans dire "NON" au patriarcat, nous semble aussi absurde que dire "NON" à la guerre sans dire "NON" au capitalisme. Nous pensons que s'il est nécessaire de construire des rapports sociaux plus égalitaires sans attendre un hypothétique "Grand Soir", nous pensons aussi que pour redéfinir complètement ces nouveaux rapports sociaux, il nous faudra bien abattre l'Etat, la capitalisme et le patriarcat, autrement dit les systèmes et les structures qui dirigent nos vies... Créons, transformons, jouons, résistons! Pour l'heure et puisque pour une fois les rues s'agitent un tant soit peu, n'oublions pas qu'elles sont pleines de représentations concrètes des gouvernements anglais, espagnols, américains aussi bien que français et de leurs intérêts financiers, banquaires, pétroliers ou militaires, pleines de caméras de videos surveillance et de panneaux de lobotomie publicitaire... Des porteurs de valise de la guerre d'algérie en passant par le mouvement de désobéissance contre la guerre du Vietnam jusqu'aux camps d'action contre les bases militaires en angleterre, seule l'action directe a pu et peut encore faire déraper leurs logiques! Avantipepol@, dijon, le 20 mars 2003 pour tout contacts et discussions, écrire à: avantipepol@no-log.org